28 août 2005

A la rencontre du MontFuji

Il y a de cela plus d’une dizaine de jours, j’errai sur un forum de discussion consacré au Japon sur Internet. Je fus pris d’un engouement soudain lorsque vint à ma vue l’invitation d’un français à monter jusqu’au sommet du Mont Fuji avec lui.
Le Mont Fuji, la plus haute montagne du Japon, culminant à 3776m d’altitude, mais avant tout un volcan en sommeil… Ce symbole national est vénéré depuis plus de 1200 ans par les japonais. C’était décidé, cette amas de roches volcaniques serait mien avant la fin de la semaine !
Après avoir contacté mon futur partenaire potentiel, nous nous mettions d’accord pour faire l’ascension de nuit, cela afin de voir le levé du soleil aux alentours de 5h du matin. Bus jusqu’à la cinquième étape (2300m) puis départ dès l’arrivée (22h). Ok, tout était planifié nous étions alors jeudi, il ne manquait plus qu’à acheter mon billet et à partir, vendredi soir.
Nous y voilà, c’est le jour fatidique, juste après le boulot je me hâte, charger comme un âne, à la gare des bus de Shinjuku pour prendre mon billet. Et là, au malheur ! Plus de place ! Mon insistance sera vaine, pas de négociations au Japon. Je n’ai plus qu’a rentrer chez moi et à me lamenter sur mon sort pendant que mon acolyte se rapproche du Mont Fuji avec une place qu’il a réussi à obtenir la veille au guichet. Il faut savoir que l’autorisation d’arpenter la montagne sacrée est valable durant 2 mois par ans (juillet - août), car en dehors de cette période, le terrain est considéré trop dangereux. Je n’ai pas le choix, foutue montagne !!! Je t’aurai le week-end prochain ! Ma dernière chance…
Le lendemain, je contactais un ami, Charles, pour le motiver à m’accompagner dans mon périple. « Ca te dit d’aller sur le toit du japon et d’assister à un magnifique levé de soleil ? », hop ! L’affaire était dans le sac ! Ainsi le jour même nous réservions nos places, Charles, une amie chinoise et moi-même.
Nous voilà mercredi, je mange tranquillement avec un collègue, et celui-ci m’apprend qu’un typhon se dirige droit vers nous et devrait arriver jeudi ou vendredi. ARRGGHHHH ! Suis-je damné ??? Evidemment en cas de typhon, la montée est interdite.
Jeudi, le typhon arrive théoriquement ce soir, je ne sais pas encore si demain il se sera estompé, « wait and see ! ».
Vendredi, je parts au bureau avec mon paquetage, je ne sais toujours pas ce qui l’en sera de ce soir… Le typhon est passé cette nuit. Durant l’après midi, Charles m’envoie un mail, il a téléphoné aux autorités du Fuji, temps clair, météo parfaite, Let’s Go !
19h40, on s’apprête à monter dans le bus, Charles jette un coup d’œil aux tickets avant de monter à l'intérieur ! Merde ! Les tickets sont datés pour la veille ! Est-ce une blague ? Non ! Je suis vraiment un gros poisseux ! Ying, la chinoise, se rue vers le comptoir (elle vit là depuis 5 ans donc parle parfaitement japonais) et se charge de gueuler auprès du personnel. Le bus s’apprête à partir, mon regard est complètement désespéré… Ying arrive en courant avec des tickets dans la main ! Sauvés ! Me voilà dans le car, dans le couloir sur une place de fortune, visiblement destiné à ce genre de situation. J’ai mal au cul, je m’en fou, c’est parti !
Il est 22h, nous arrivons sur place, il fait nuit noire. On peut alors apercevoir une quantité d’étoiles au-dessus de nos têtes, celles-ci ne sont pas visibles de Tokyo à cause de la pollution, le voyage commence…
Me voilà donc montagnard improvisé ! Je suis habillé en jean-baskets, je suis équipé d’une grosse lampe torche que j’ai emprunté à mon boulot, ils m’ont d’ailleurs également fourni une veste. Ma colloc canadienne m’a prêté son sac à dos, il est rempli de 2 sous-pulls, 3 sweats, 2 bouteilles d’eau, et de barres de chocolat. On est prêt, l’air est effectivement assez frais, on avance dans la pénombre, j’allume ma lampe torche de chantier, plutôt efficace, yataa (« youpi » en francais) !!!
Nous sommes dans la forêt, le paysage semble plutôt commun, mais l’obscurité ne me laisse pas plus que ça juger de ce qui m’entoure. Je discute avec mes compagnons, tout va bien.
1h plus tard, nous avons laissé la verdure derrière nous, le chemin devient caillouteux. L’ambiance est plutôt bonne enfant, j’écoute les deux derrière moi sans cesse entrain de se chamailler.


Voilà que quelques heures se sont écoulées et les conditions sont complètement différentes. « On commence vraiment à en chier !». Le paysage est lunaire, cailloux, cailloux, cailloux. Je profite d’un refuge pour me vêtir de tout ce qui est à ma disposition. La température a chuté, on est bien loin des 30 degrés de la capitale. Il fait vraiment froid. On ne perd pas de temps, on mange un peu pour ingérer des sucres rapides et l’on repart pour ne pas mourir de froid.
Je ne compte même plus le temps, il me semble infini… J’avance comme un mulet. La chose la plus importante, ne penser à rien. Avancer… Nous faisons des petites pauses d’à peine quelques minutes régulièrement en nous affalant dans la caillasse. Le chemin est vraiment dangereux. Un mauvais pas et on est mort. La pente est vraiment abrupte et accidentée. On est bien loin des jolies ballades de mon enfance dans les pyrénées. On est bel et bien en haute montagne et on a souvent à nous aider des mains pour ne pas se gaufrer dans les rochers. « Bordel qui a eu cette idée à la con ! », « A oui c’est moi… ».
Cela fait bien 5h qu’on se grimpe comme des bœufs. Ying a du mal et on a souvent à l’attendre. Il en est de même pour Charles qui se tape le sac de sa charmante amie en prime. Il ne cesse de jurer et de dire que ce qu’on fait n’est qu’une grosse connerie. Il me gave, j’ai déjà assez de mal a rester motivé… Je ne dis rien, on n’a pas besoin d’une engueulade à ce niveau là.
On croise pas mal de groupes de militaires américains, qui ont apparemment comme mission d’entraînement d’arriver en haut… Ils ont la chance d’être bien équipés, pas comme moi… Ils font également des pauses à allure régulière, de telle façon à ce qu’on se double régulièrement les uns les autres. On croise aussi des japonais qui semblent tous avoir le même tic, se chouter avec leur bouteille d’oxygène. Mon dieu, moi aussi j’en veux une! J’ai mal à la tête depuis un bon moment… J’ai quelques douleurs aux oreilles à cause de la différence de pression. Je gèle. Au froid s’est maintenant alliée l’humidité qui a imprégnée tous mes vêtements. Charles me dit que dès le prochain refuge il s’arrête. Il n’ira pas plus loin. Seulement celui-ci tarde sérieusement à venir. Peu importe, j’irai jusqu'à bout.
Nous sommes dans la brume complète, la seule chose facilement discernable est le faisceau de nos lampes. J’ai froid, je suis fatigué. On aperçoit une porte, enfin un refuge ! Ying s’empresse de demander où l’on est. « The Top, the top, the top! » nous traduit-elle! Charles n’y croit pas et veut s’en persuader par lui-même. Il demande au premier gars qu’il trouve et qui lui répond affirmativement. Je demande dans le même temps confirmation à un Marines. Vous savez quoi ? J’en ai rien à foutre ! J’ai mal à la tête et je suis frigorifié. Des envies de vomir me prennent régulièrement. On s’engouffre dans une espèce de taverne ou l’on nous sert dès soupes. Je bois un chocolat à la flotte. Je ne prendrai rien de plus, sinon je risque d’arroser l’assemblée autour de moi. Il est à peu près 4h me dit-on. Je grelotte. Je change mes chaussettes trempées. Il fait froid, la taverne donne directement sur l'extérieur, elle n’est pas fermée. La brume est omniprésente.
Un couple de japonais discutant avec Ying est impressionné par notre montée. « Sugoï, Sugoï ! », il semble qu’il est plutôt usuel de faire l’ascension jusqu’à un des refuges durant le jour, d’y dormir, puis de faire une dernière petite grimpette aux alentours de 3,4h pour arriver au sommet. Mais pas de faire ça d’une traite!
A peine je pause ma tête sur mes genoux que je m’endors et ce fréquemment. Nous attendons ainsi 5h, le lever du soleil. Malgré la brume, Ying et moi-même aurons réussi a voir quelques rayons de soleil tandis que Charles restait dans notre lieu de repos.

6h, on amorce la descente, rien ne sert d’aller faire le tour du cratère puisqu’on ne voit pas à plus d’1m.

Le retour se fait sur une autre face. Encore plus monotone, avec les pieds s’enfonçant à chaque pas dans les cailloux. Quelques dizaines de minutes après, la brume s’estompe et nous laisse assister à un magnifique spectacle…

Nous descendons en faisant quelques pauses, j’en profite pour prendre des photos. J’en prends une de moi que je montre à Charles, « Tu arrives encore à sourire après çà espèce de crétin », me dit-il d’un ton sarcastique.

(Même sur le Mont Fuji, les américains sont fiers de montrer leur drapeau...)

Je marche avec une seule idée en tête, retrouver mon lit à Tokyo. Après un peu plus de 3h nous arrivons en bas. Nous squattons un café et pendant que le couple est entrain de petit déjeuner, je m’affale et m’endors sur la table.
A 11h le bus est là, 2h plus tard, nous sommes à shinjuku. J’ai l’impression de changer complètement de monde. Je déteins encore plus que d’habitude dans le métro avec mon paquetage, ma gueule d’étranger zombifié et mes yeux écarlates. Je passe le seuil de ma porte, prend lentement une douche et m’étale dans mon lit.
Voilà je l’ai fait, au final vraiment heureux d’avoir mené à bien ce périple et d’être revenu indemne. Une expérience inoubliable…

10 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Tu tires une drôle de tête sur cette photo!!

T où là?? Ya du vent (ça se voit à la capuche (ben wi t'as décidément psa bcp de cheveux), des nuages en dessous..
Tu serais pas sur le mont Fuji?

10:00 PM  
Anonymous Anonyme said...

J'avais vu juste!
Qd j'ai posté le message il n'y avait qu'une photo (celle avec la capuche) et on cprds pourquoi tu tires une drôle de trombine : tu as à la fois l'air de rigoler et d'avoir envie de vomir ;-)
Le post est long mais je l'ai trouvé particulièrement bon (nan vraiment c'est pas pour faire de la lèche!) Franchement si c'est pas une mission de ninja ça...

C'est qd même folklo que tu ais croisé des putains de militaires américains!

10:24 PM  
Anonymous Anonyme said...

belle histoire, avec pleins de rebondissements et en plus avec un happy end (enfin si on veut).Mais comme dirai dje c'est clair que c'est une vraie mission de ninja, au moins de classe B .Sinon les photos sont jolies dommage que vous ayez eu du brouillard.
au fait t'as plus ton bouc, ou il est passe?

9:45 PM  
Blogger Thomas said...

LOL! Oui j'ai tenté le bouc au japon. Pas de complexes à avoir! Mais j'ai abandonné! LOL Il faut attendre un peu que je grandisse!

11:58 PM  
Anonymous Anonyme said...

un seul mot: epoustouflant. Mais, bon, en meme temps, suis bien heureuse d'avoir juste a lire ton exp, car suis vraiment pas sure que mes tites jambes soient capables, un jour, d'aller au bout du Fuji...
L'auvergne est deja amplement suffisante.

3:00 AM  
Anonymous Anonyme said...

NAan tu portais un vrai bouc Tom?
Jve dire pas un duvet hihihi
Bouh il a pas de poils!!
Bon sans déconner, avoue que t'es pas trop frustré, c mieux que d'en avoir trop ;-)

9:06 PM  
Blogger Thomas said...

Ben je sais pas ce qui est le mieux vu que je n'ai pu approcher l'expérience du gros barbus. Et puis ce n'est pas toi qui ventes les vertus des la barbe qui rend "cool"? ;-)

9:24 PM  
Anonymous Anonyme said...

Les sportifs se laissent pousser la barbe pour garder leur influx nerveux. Par contre je n'ai rien trouvé sur la barbe qui rend cool ;-), mais j'y crois qd même!

10:47 PM  
Anonymous Anonyme said...

Formidable ton expérience !!!
C'est sur un post comme ca que je t'envie vraiment d'être au Japon.
Félicitation pour cette mission et ce récit , on s'y croirai!

8:46 AM  
Anonymous Anonyme said...

He, he, he... Beau recit. J'aurais aime ecrire le meme si seulement je n'etais pas completement mort au retour.

Ce sera sans doute pour la prochaine montee...

11:29 PM  

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